Biographie du Père Lindsay

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TEXTE EN HOMMAGE AU PÈRE FERNAND LINDSAY
POUR LA SOIRÉE-BÉNÉFICE DU 17 JUIN 2009

Père Fernand Lindsay, sa vie, ses œuvres

 

L'auteur de l'hommage accompagné de son épouse Sigrid, et de Jean-Paul Gagné.

L’auteur de l’hommage, Michel Lord,accompagné de son épouse Dominique, et de Jean-Paul Gagné.

À l’occasion de cette quatorzième soirée-bénéfice de la Fondation Père Lindsay, nous pouvons enfin lui rendre l’hommage qu’il mérite sans froisser sa légendaire modestie, car ce grand bâtisseur était resté un homme simple, accessible et d’une ineffable modestie. À son image, ses réalisations connurent chaque fois des débuts humbles et une progression graduelle, avant d’atteindre leur sommet. Tous les témoignages s’accordent : il n’aimait ni brusquer les choses, ni brusquer les gens. Ses rêves, il les a pourtant réalisés, et sans doute au-delà. Quel était donc son secret? Pourrons-nous percer le mystère?

Fernand Lindsay naît à Trois-Pistoles en 1928. Son père tenait le bureau de poste de cette petite ville du Bas-du-Fleuve. Jeune garçon, il passe ses étés à l’Isle Verte, chez son oncle Freddy, qui est le gardien du phare, en compagnie d’oncles et de tantes qui font tous de la musique. Dès l’âge de cinq ans, il apprend le piano, auquel il ajoute l’orgue à l’âge de dix ans. Il étudie ensuite la clarinette, sans professeur, mais avec un tel talent qu’il est invité à se joindre à l’harmonie du Collège de Rimouski, où il poursuit ses études. À quinze ans, le destin le dirige vers Joliette. C’est l’amour de la musique qui l’y attire. Un oncle musicien qui y enseigne le piano et l’orgue lui parle du séminaire de Joliette, de son harmonie et de son orchestre symphonique. La vie culturelle y est très active car les Clercs de St-Viateur qui le dirigent estiment que l’éducation ne peut se concevoir sans une sensibilisation des jeunes à la beauté. Il y trouve des professeurs qui enrichissent ses connaissances et son goût de la musique. Il travaille avec le père Marion, qui a connu Rubinstein et rencontré Stravinsky.

Jacques, membre de la première heure, a poussé ses collègues d'Alcan  dans les basques du Père !

Jacques Gagnon, membre de la première heure, a poussé ses collègues d’Alcan dans les basques du Père !

Comme l’orchestre symphonique a déjà ses deux clarinettistes, son directeur lui suggère d’apprendre à jouer du basson, un quatrième instrument pour lui. Du jour au lendemain, il devient le bassoniste attitré de l’orchestre. La musique était une passion, mais jamais, dira-t-il, il n’envisagea une carrière de musicien. Son plaisir résidait d’abord dans la joie d’écouter de la musique et de partager cette découverte, continuellement renouvelée, avec d’autres.

Son destin était déjà tracé. Il choisit d’imiter ses maîtres et de devenir Clerc de St-Viateur, prêtre et enseignant. « J’ai enseigné durant quarante-deux ans, dira-t-il plus tard, et j’ai toujours été très heureux. » Au séminaire de Joliette, il enseigne le français, le latin, l’histoire, puis la philosophie, que sa communauté l’envoie étudier à l’Université de Montréal. Animateur de vie étudiante, il fonde le Club Bartok afin d’initier les jeunes pensionnaires à la musique classique. Ils se réunissent autour du père pour écouter Mozart, Beethoven, Chopin ou Bartok.

Après dix années d’enseignement, sa communauté l’envoie à Paris pour des études avancées en philosophie. Cette année en Europe marquera la suite de sa vie. C’est à Salzbourg, en Autriche, que le miracle se produit. À quelques heures du concert d’ouverture du fameux festival, il obtient des billets pour tous les concerts et il assiste donc à trente concerts en vingt-cinq jours. Trente moments de pur délice, dit-il, et le choc de ma vie. Il se rend ensuite au festival Wagner, à Bayreuth, dont tous les billets sont vendus deux ou trois ans à l’avance. Il obtient, grâce à une annulation, des billets pour six des sept concerts. Il se rend à Munich et à Vienne et assiste, durant l’été, à pas moins de cinquante concerts. Tout le reste de ma vie a été nourri de ces deux mois, dit-il. Et c’est de cela que naîtra l’embryon de ce qui allait devenir, beaucoup plus tard, le Festival de Lanaudière.

De retour à Joliette, il organise, durant l’été, des concerts qui continuent en quelque sorte la saison des Jeunesses musicales, dont il est le directeur. Le Festival de Lanaudière sera créé à la suite d’une longue gestation. De retour d’Europe depuis douze ans, le père propose à l’Orchestre symphonique de Montréal, en 1977, d’accueillir son programme estival à la Cathédrale de Joliette. Trois concerts y sont donnés cet été là et huit l’année suivante, dont un avec une jeune violoniste de 16 ans, Angèle Dubeau, accompagnée de l’OSM. Le Festival prend son envol. Grâce à ses talents de leader et de rassembleur, le père forme un conseil d’administration présidé par l’ancien ministre, Marcel Masse. Il en est le directeur artistique, fonction qu’il a occupée jusqu’à son décès. Il enseigne alors au Cégep de Joliette, il est le directeur du Centre culturel et du Camp musical de Lanaudière, qu’il avait créé dès 1967.

Si le succès du Festival a propulsé le père Lindsay sur le devant le la scène, il n’allait pas l’empêcher de continuer à solidifier et à faire grandir son enfant chéri qu’était le Camp musical, qui porte aujourd’hui son nom. Le camp avait vu le jour de façon bien modeste afin d’offrir aux jeunes de moins de quinze ans un enseignement intensif de la musique durant la période estivale. Seuls les plus âgés avaient accès au camp des Jeunesses musicales d’Orford. Grâce à la complicité d’amis du père, qui sont prêts à le suivre, le camp s’installe au Lac Priscault et il ne cesse de prendre de l’expansion. Au début des années 90, il accueille près de quatre cents enfants dans quatre sessions de deux semaines chacune. La formule mise au point par le père plaît aux jeunes musiciens, qui quittent le camp emballés et y reviennent en grand nombre. Le père Lindsay passe tous ses étés au lac. Il dirige la chorale des enfants, il est l’âme du Camp. Le Camp souffre toutefois d’un manque de ressources financières et matérielles. Afin de demeurer accessible aux moins fortunés, les tarifs sont bas et ne couvrent pas les frais.

Le père se tourne alors vers ses amis, parmi lesquels Pierre Mantha, auquel il confie ses préoccupations. Le père a de la difficulté à demander de l’aide et il a peur de déranger. Pierre Mantha lui propose de le faire à sa place en créant une fondation, dont la mission restera à préciser. Demander, dit-il, la fondation s’en occupera. Tout ce que vous aurez à faire sera de dire merci. La Fondation Père Lindsay voit le jour en 1996 sous la présidence de son instigateur, Pierre Mantha, et la vice-présidence d’un généreux donateur, Jean Cypihot. Sa première mission : créer un programme de bourses pour venir en aide aux familles qui n’ont pas les ressources nécessaires pour envoyer leur enfant au Camp musical. Elle se charge ensuite de réunir des fonds pour la construction de bâtiments et l’acquisition de matériel dont le Camp a un urgent besoin. Le Camp connaît un nouvel essor, si bien qu’aujourd’hui il affiche complet, accueillant quelque cinq cents musiciens en herbe dans des installations adéquates, tant pour les campeurs que pour les enseignants. Le père peut enfin quitter sa petite roulotte et résider dans un chalet, don de la société Imasco.

Depuis 1997, la fondation a versé plus de 450 000 $ en bourses aux familles des campeurs. Le fonds de bourses s’élève à 500 000 $, sur un objectif de 750 000 $, un montant qui assurera à terme la pérennité du programme. La Fondation a également recueilli 850 000 $ pour la construction de la Villa Cypihot, qui héberge les professeurs accompagnés de leur famille. Cette résidence est louée le reste du temps, ce qui permet de défrayer les coûts qu’il engendre. Par la suite, un second bâtiment, laVilla Mantha, pour loger d’autres professeurs, a été construit avec l’aide de la Fondation. La moitié des coûts de cette résidence a été assumée par le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine et l’autre moitié par la Fondation Père Lindsay.

Les administrateurs de la Fondation se réunissent autour du piano en pensant à Fernand Lindsay qui a si souvent animé ainsi les réunions !

Les administrateurs de la Fondation se réunissent autour du piano en pensant à Fernand Lindsay qui a si souvent animé ainsi les réunions !

Alors, direz-vous, quel était le secret du père Lindsay? Vous l’avez deviné. D’abord la passion. Il a éprouvé, depuis son enfance, un amour débordant pour la musique. Il s’était aussi donné une mission : transmettre le goût de la musique car, pour lui, cette passion ne prenait tout son sens que si elle était partagée. Il disait souvent « ce qui me procure le plus de joie, c’est de rendre les gens heureux ».

Cet homme discret exerçait, et exerce encore, une fascination certaine sur les autres. Il s’est créé autour de lui un réseau d’amis et de relations qui le soutenait dans ses projets. On ne peut rien refuser à un homme aussi généreux, de soi d’abord et de ses biens, si modestes furent-ils, comme en fait foi un premier don de 10 000 $ qu’il a fait à la Fondation Père Lindsay au début, un montant qui représentait quatre fois son salaire annuel comme directeur du Camp musical.

 
 

Père Lindsay, embellir la vie avec la musique a été votre ambition la plus chère. Mission accomplie. Merci !